Il est dix heures passées
La gare est presque vide
Seul avec mes pensées
Je vois partir les rapides
Mon train est dans deux heures
Je lache mes idées
Je laisse parler mon coeur
Et les mots se coucher
Des mouettes me survolent
Dans la nuit étoilée
Elle font une farandole
Avant de s'en aller
Mon imaginaton
Est partie avec elles
Elle frôle l'horizon
De ses immenses ailes
Mon esprit est ailleurs
Mon esprit est partout
Où règne le malheur
Où dominent les loups
J'attends un train de nuit
J'attends depuis longtemps
Que m'importe l'ennui
Mon esprit est vivant
Le ciel est maintenant
Rempli de mes idées
Elles vont au gré du vent
Sans but, sans destinée
Sans la moinde raison
D'emplir le firmament
Mon esprit vagabond
Domine les éléments
Ni les appels en gare
Ni même les arrivées
Ni les nouveaux départs
Ne peuvent me deranger
Certes mon corps est là
Assis sur un grand banc
Mais mon âme est là-bas
Tout près du Pakistan
Mes idées imprécises
Voguent vers la Colombie
Mes idées indécises
Planent au dessus de Cali
J'attends un train de nuit
J'attends depuis longtemps
Que m'importe l'ennui
Il n'y a plus de présent
Le fil de mes pensées
Tissé d'incohérence
Ne cesse de s'étaler
De partir en tous sens
Mon esprit libertaire
Défendant tant de causes
Est parfois réfractaire
Aux univers moroses
Celui-ci en est un
Il s'est donc évadé
Et parmi les embruns
Il pense à s'oublier
Les images sont floues
Les mots sont imprécis
Et leurs sens de partout
N'ont pas cours par ici
Qu'on est bien dans la brume
D'un esprit fatigué
L'esprit est une plume
Un fragment de liberté
J'attends un train de nuit
Qui jamais ne viendra
Mais qu'importe l'ennui
Mon esprit le vaincra
Détaché de mon corps
Je me suis parsemé
Je nage près du port
Je marche près des quais
Je parle avec Eole
Je survole la ville
Et j'écoute les paroles
Que me soufflent les îles
Mon corps est bien trop lourd
Je le laisse sur ce banc
Je le laisse dans cette cour
Et pars avec le vent
La brûme est un nuage
De plus en plus épais
Mes idées sont volages
Et vont vite me quitter
Dans un nid de coton
Mon esprit se sent bien
Il cède à l'abandon
Et il s'endort enfin
J'attends un train de nuit
Qui n'existe même pas
Que m'importe l'ennui
Le sommeil a pris le pas
Juillet 2001