J'avais perdu le goût d'écrire
J'avais perdu le goût de dire
Toutes ces choses que je voyais
Toutes ces choses que je sentais
Toutes mes peines et mes joies
A ma plume n'arrivaient pas
Je ne savais plus exprimer
Mes sentiments si contrastés
Toute une année sans poésie
Des centaines de jours sans vie
Ces douze mois d'existence
Avaient perdu de leur substance
Mais ce matin à mon lever
J'avais envie de versifier
Il m'en avait fallu du temps
Pour pouvoir parler au présent
Pour pouvoir ressouder mon coeur
Et pour pouvoir sécher mes pleurs
Mes pensées qui s'étaient enfuies
Sont revenues faire leur nid
Et mon esprit restructuré
Recommence enfin à gueuler
Mes ens de nouveau en éveil
Sortent mon oeuvre de son sommeil
J'ai dans la bouche le goût amer
D'avoir perdu un de mes frères
Tué le jour de son mariage
Comme la moitié de mon village
Par un pilote américain
Paranoïaque mais serein
Qui s'était senti menacé
Par des tirs de festivité
Une victime comme tant d'autres
Exécuté par ces apôtres
Qui sont venus pour nous sauver
Comme des cadeaux empoisonnés
J'ai dans tout le bras la douleur
D'avoir été de tous les heurts
Qui ont duré toute la journée
A quelques mètres du palais
Je sens encore dans ma main
La sensation qui me revient
Celle d'une pierre assez rugueuse
Jetée sur l'auto-mitrailleuse
Deux ans maintenant que je fais ça
Et seulement une blessure au bras
Je souhaite mourrir en martyr
Pour de la misère sortir
J'ai l'impression d'encore sentir
L'odeur de ces corps calcinés
Morts dans l'explosion d'une voiture
Dans l'innocence la plus pure
Parce qu'une grande guerilla
Relance la guerre à Bogota
Plonge à nouveau dans la terreur
Un peuple accablé d'horreur
Et le nouveau gouvernement
Tombe dans le poège de l'armement
Il rève vraiment d'en découdre
Je sens venir l'odeur de poudre
Je vois défiler les chanceux
Juste évacués de chez eux
Par la puissante armée française
Qui n'est pas ici très à l'aise
Mon pays naguère normal
Est devenu un peu bancal
les coups de force se multiplient
Et les tensions s'intensifient
Mon pays semble préparer
Un avenir vraiment bouché
Un peu dans le style libérien
Petit mais très puissant voisin
Il me semble déjà percevoir
Des bombardements dans le noir
J'ai déjà l'impression d'entendre
Dans ma ville les bombes se répandre
Tous leurs discours nous y préparent
Leur flotte a déjà largué les amarres
Douze ans que ne cessent les pleurs
Douze ans que par leur faute on meurt
Ils veulent maintenant en finir
Et à l'ONU ils vont le dire
Avec ou sans ils agiront
Car ils ont leur propres raisons
Oui je ressens de tous mes sens
La Terre qui vit de notre présence
Et mon sixième sens me fait craindre
Une catastrophe et pas des moindres
W (Dabeuliou) Bush et ses débiles
Tiennent à bombarder des villes
J'ai peur d'un monde se pliant
A la volonté d'un puissant
J'ai peur qu'une pseudo-grande cause
Ne nous oblige à une pause
Dans les buts qu'on s'était fixés
Oui la paix et les libertés
Je suis de nouveau sur le front
Luttant par le verbe et le nom
Pour faire passer les idées
Pour que gagne l'égalité
Oui j'ai pris des mois de retard
Les Pen et ses idées barbares
Par des fascistes propagées
Attaquent une France fragilisée
Se placent enfin au second tour
Et la France crie son amour
Je sors enfin de ma torpeur
Quand le monde tombe dans l'horreur