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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 09:27

De retour d’Egypte, le Grand roi Cambyse, meurt en Syrie. Sa succession fut très compliquée et plusieurs versions existent sur les événements qui amenèrent à la prise de pouvoir de Darius, et les territoires afghans y participèrent activement.

Le frère de Cambyse, de même père et de même mère, ou un sosie de celui-ci selon la version officielle donnée par Darius, s’était révolté dès avant la mort de Cambyse et avait pris le pouvoir en Perse. Il avait reçu de son père un grand gouvernement en Iran oriental, sans doute en Bactriane, exempté de tribut. Darius s’empara du pouvoir mais dut tout de suite faire face à une révolte de nombreuses régions, sans doute due en partie à une résistance aux tributs perçus. De nombreuses régions furent concernées par ces révoltes et celles d’Afghanistan ne firent pas exception puisqu’on signale une agitation en Sattagydie entre l’Arachosie et le Gandhara.

Cependant les deux principales satrapies, celles de Bactriane et d’Arachosie se rallièrent à Darius et lui rendirent de grands services. Les satrapes étaient des Perses, qui levèrent des troupes locales comme des troupes de Perses, qu’ils prirent dans les garnisons placées dans ces régions mais aussi, semble-t-il, dans les familles perses à qui on avait assigné des terres contre un devoir de service militaire.

Dadarsi, le satrape de Bactriane, en 522 av J.-C, combattit avec ses troupes pour le compte de Darius en Arménie où il remporte trois victoires et en Margiane (région de Merv au Turkménistan). Dans le même temps, Vivana, satrape d’Arachosie, arrête les troupes envoyées par l’ « usurpateur » et les bat deux fois. On sait qu’il y avait au moins deux forteresses dans cette région, à Kapisakaris et à Arsada.

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 09:26

On sait très peu de choses sur l’intégration politique ou économique des territoires afghans dans l’empire achéménide à cette époque. Il semble qu’ils aient été déjà divisés en satrapie, les unités administratives perses. On pense qu’il y avait une satrapie de Bactriane avec Bactres pour capitale, une satrapie d’Arachosie, avec Kandahar pour capitale. On a retrouvé les restes de la citadelle qui date peut être de cette époque. On connait aussi les régions citée d’Arie et de Gandhara, sans être certain qu’elles aient été élevées au rang de satrapie.

L’existence de satrapies n’a pas fait disparaître l’existence des entités politiques préexistantes ailleurs dans l’empire, tant qu’elles payent le tribut et fournissent des soldats. Comme nous ignorons tout de la situation politique de la Bactriane, de l’Arachosie ou des autres territoires afghans avant la conquête, il est impossible de dire si les structures politiques locales furent bouleversées ou pas. Cependant selon P. Briant, il devait exister des structures étatiques en Bactriane dès la fin du IIe millénaire et la conquête achéménide n’y a rien bouleversé, les travaux hydrauliques et la poterie continuant leur développement. L’occupation dut donc être très superficielle avec l’installation d’un satrape, de garnisons, des levées tributaires et militaires mais les traditions politique locales maintenues. Les notables locaux ont certainement été associés au pouvoir en tant qu’auxiliaires. Dès le VIIe-VIe siècle, apparaissent de nombreux villages et grandes villes fortifiées. Cette hiérarchie des sites, la présence de bâtiments spécialisés (greniers) et d’une architecture plus monumentale, ainsi que la spécialisation des artisans sont peut-être la traduction de l’apparition d’un pouvoir centralisé dominé par une aristocratie cavalière résidant dans la cité de Bactres.

Lors du règne de Cambyse, fils de Cyrus, des contingents bactriens et arachosiens ont peut être participé à la conquête de l’Egypte. Celui-ci est nommé comme « le grand roi des pays étrangers » venu avec « les étrangers de tous les pays étrangers ». Même si parmi ses soldats, les écrits égyptiens ne citent que des Grecs, des Judéens, des Phéniciens et des Arabes, il n’est pas exclu qu’ils n’aient cités que les peuples qui étaient leurs voisins et qu’ils connaissaient déjà et que des peuples afghans aient participé à cette campagne en tant que contingent envoyé par des peuples sujets.

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 09:23

Lorsque Cyrus prend le pouvoir, les Bactriens peuvent avoir fait leur soumission, le reconnaissant comme le successeur naturel du souverain mède, mais cela reste très douteux. D’autant que, selon certains auteurs, Cyrus fit campagne entre 546 et 540 en Asie centrale, faisant face en particulier à une révolte des Bactriens. Mais il n’y a rien de très sûr dans ces informations, car la seule source importante sur cette période, Hérodote1, passe volontairement sous silence ces campagnes. La Bactriane semble être en mesure de livrer des milliers de cavaliers réputés, pourtant Hérodote ne les considère pas comme une menace sérieuse contre Cyrus, mais peut être est-ce à cause d’un sentiment de supériorité des grecs sur les autres peuples. Il n’existe aucune chronique de ces campagnes militaires, mais grâce à des textes postérieurs on peut retrouver quelques informations.

On sait que Cyrus est passé dans le Sistan, où il a reçu du ravitaillement de la part du peuple des Ariaspes à un moment où son armée était en difficulté après la traversée du désert. Il serait ensuite passé dans le Gandhara (région de la rivière Kaboul), puis il semble qu’il soit retourné vers la Perse via la Gédrosie (Baloutchistan) et la Carmanie (dans le sud de l’Iran).

En 530, Cyrus meurt lors d’une campagne contre les Massagètes, en Asie centrale. Il est possible qu’il s’y soit rendu via la Bactriane, et qu’il ait traversé l’Oxus face à Bactres, comme le firent bien d’autres dans les siècles suivants mais nous n’avons aucune information à ce sujet. On a cependant retrouvé de nombreux sites habités à cette époque au Nord de Balkh, confirmant à la fois la forte population locale et l’importance particulière de cette partie de la Bactriane. La ville achéménide de cette époque est très mal connue car les travaux commencent tout juste à livrer des informations, on peut cependant dire que l’on a retrouvé des bâtiments construits avec des techniques achéménides.



1  Historien grec, dont le propos n’est pas vraiment l’histoire de l’empire achéménide mais plutôt ses relations avec les Grecs.

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 09:21

Il est très difficile d’affirmer quoi que ce soit à propos de Zoroastre, aussi appelé Zarathoustra, car son existence même est encore discutée. Et en admettant son existence, de nombreuses hypothèses existent sur ses origines, et même l’époque à laquelle il fit sa prédication (on fixe généralement sa vie au tournant des VIe et Ve siècles av J.-C mais les études les plus récentes ont tendance à le faire remonter de plusieurs siècles dans le temps, ne le voyant plus comme une réformateur de la religion mais comme son créateur.

Même son nom reste débattu, pour certains il signifie « riche en chameaux », pour d’autre cela signifie tout simplement « le bouvier ». Cette controverse n’est pas vaine car elle porte en réalité sur les origines de cet homme. Si la première interprétation est acceptée alors la légende des origines bactriennes de Zoroastre est plausible, même si elle reste très suspecte, car trop marquée par la dynastie achéménide qui en avait plus ou moins fait du zoroastrisme une religion d’Etat. Mais comme le remarque Jean-Paul Roux, si c’est la deuxième interprétation qui est retenue, son origine bactrienne est plus douteuse. Il note en effet que « son nom […] indique qu’il vivait dans une civilisation qui pratiquait l’élevage du gros bétail et où le taureau avait une valeur religieuse essentielle. » Or il note plus loin qu’il n’y a pas en Bactriane ou en Sogdiane « une seule région où les pâturages soient assez riches pour qu’on puisse y vivre de l’élevage du bovidé en dehors du Khârezm » c'est-à-dire du sud de la mer d’Aral.

Sa vie et son œuvre nous sont connues grâce à des textes parfois postérieurs comme l’Avesta mais aussi par les Gâthâ, rédigés sans doute par lui ou par son entourage selon la légende. La religion qu’il a crée ou réformée a eu une très longue postérité et de nombreuses légendes ont rattaché cet homme à des événements, des lieux ou des personnages historiques. Je vais proposer quelques-unes de ces hypothèses et légendes en rapport avec l’Afghanistan.

Il serait né vers 630 à Bactres et serait devenu prêtre, mais s’opposait aux sacrifices au dieu Mithra, qu’il trouvait trop sanglants et orgiastiques. Il reçut la révélation de la part d’Ahura Mazda vers l’âge de trente ans après une longue période de méditation et commença à prêcher la réforme de sa religion. En butte à l’hostilité des habitants, adeptes des sacrifices d’animaux, qui selon lui ont une âme, il doit fuir et se réfugie à la cour perse au début du Ve siècle av J.-C. Il y convertit à la fois Hystapes, père du futur Darius Ier, et Cyrus, fondateur de l’empire achéménide et conquérant de l’Afghanistan. Il serait mort dans l’Est iranien à l’âge de 77 ans.

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 09:18

Il semble que le Mazdéisme soit l’héritage de la vieille religion indo-européenne de cette époque, que l’on a déjà aperçue avec ses autels du feu. Le Zoroastrisme serait, selon certains, la réforme de cette religion effectuée par Zoroastre.

Il s’agit d’une religion monothéiste dont le nom dérive du mot « Mazda » (sage, omniscient en perse ancien), adjectif qualifiant systématiquement le nom du dieu suprême Ahura Mazda. La vie y est vue comme une longue lutte entre celui-ci (le bien) et Ahriman (le mal ou l’esprit destructeur). Leur lutte s’achèvera par le triomphe du bien et Zoroastre est un des sauveurs qui doit amener à ce salut de toutes les âmes.

Malgré ce monothéisme apparent, il reste de nombreuses traces du polythéisme qui a précédé la naissance de cette religion. On note par exemple que le dieu Mithra (dont le culte sanglant et orgiaque était déjà très répandu et populaire)  ne disparu pas de cette religion, mais fut subordonné à Ahura Mazda.

La religion s’appuie sur un livre sacré, l’Avesta, qui a aujourd’hui disparu sous sa forme primitive mais qui existe dans une forme rédigée entre le IIIe et le IXe siècle ap. J.-C, essentiellement sous les Sassanides dont j’aurais à reparler.

La lumière est très importante dans cette religion et le culte rendu à Ahura Mazda se fait sur un autel du feu, qui ne doit jamais s’éteindre. Il s’agit sans doute des autels déjà repérés en Bactriane et en Sogdiane dans les pages précédentes, si l’on admet que Zoroastre a vécu à cette époque là ou de leurs héritiers si l’on croit la légende déjà rapportée de ses origines bactriennes. Les prêtres ne s’en approchent que gantés et voilés pour ne pas les souiller par leur contact ou leur haleine.

Les pratiques mortuaires sont très différentes de celles des religions autour, en effet, dans le mazdéisme, il est interdit d’inhumer les corps ou de les incinérer, il faut les faire sécher au soleil ou dévorer par les bêtes sauvages, souvent les vautours. Pour cela on disposait les corps sur des « tours du silence », plates-formes enfermées dans des enceintes circulaires, dont on retrouve encore des traces aujourd’hui en Iran et que l’on peut également voir encore en fonction en Inde, chez les lointains descendants de cette religion, les Parsis.

Cette religion s’est particulièrement bien installée dans les régions sédentaires de Bactriane et du Sistan où Zoroastre aurait envoyé des disciples, des missionnaires, qui furent sans doute à l’origine de la très probable conversion d’une partie des Perses à cette religion. En Afghanistan cependant il semble que cela soit la forme non réformée, le Mazdéisme qui soit pratiqué au moins jusqu’à l’invasion achéménide (voir ci dessous).

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 09:15

La civilisation de l’Oxus à l'âge du fer

 

Vers la fin du IIe millénaire entre 1400 et 1000 av J.-C, avec le ralentissement des mouvements migratoires, les centres de civilisations réapparurent et les échanges interrégionaux reprirent. Dans ces circonstances les villes s’épanouirent de nouveau en Afghanistan, ces développements de l’âge du fer firent naitre le monde que les Perses rencontrèrent en arrivant dans la région au VIIe siècle av J.-C. Il est souvent difficile de faire la différence entre ce qui est antérieur à la présence achéménide dans la région et ce qui leur est contemporain.

Un changement graduel et lent de la civilisation agraire de l'Oxus de l'âge du Bronze a lieu, aucun événement violent ne semble s'être produit sur les sites connus mais la zone steppique au Nord apporte des innovations comme la source d'innovation telles que  l'équitation, une partie de la nouvelle métallurgie, ou le pastoralisme mobile. De plus, l’apparition du Mazdéisme a certainement joué un rôle dans la modification des caractéristiques de la civilisation de l'Oxus au début de l'âge du Fer.

Cette évolution sur le long terme, avec des permanences, est particulièrement visible en Bactriane orientale où les travaux d’irrigation continuent sur le même schéma qu’aux époques précédentes. Même le processus d’urbanisation semble être sur la lancée de celui de l’époque précédente, on ne note pas de véritable rupture. C’est le cas dans la plaine de Dasht-i Qala où au site principal de Shortughaï  pour l’Age du Bronze, succède celui de Qohna Qala à l’Age du Fer. A la charnière entre les deux âges, deux mises en valeur étonnantes ont été effectuées par les habitants de Bactriane. La première étonne par sa technicité car, avant d'irriguer le plateau d'Asqalan, un canal dérivé de la rivière de Bangi s'étire en aqueduc sur 20 km. La seconde est la dérivation des eaux de la rivière de Taloqan dans le Rud-i Chah Rawan en perçant le seuil de Shoratu, soit un creusement de 20 m de profondeur sur 800 m de longueur dans le but d'irriguer une plaine située sur la rive gauche entre la Kokcha et l'Amou Daria.

Le creusement du canal Rud-i Chah Rawan suppose l’existence d’une autorité centralisée, l’extension des systèmes d'irrigation au cours de l’âge de fer implique l'existence d'un centre de décision majeur en Bactriane orientale, dont l'autorité dominait en ces matières celle d'éventuelles chefferies formées antérieurement à des échelles plus locales (les chefferies devenues peut être des « cités Etats ») ; le Bala Hissar1 de Kunduz pourrait avoir joué ce rôle. Il est cependant impossible de savoir quel était le système politique en place (royauté, oligarchie…) ni même l’existence d’un Etat unique.

Le progrès technologique apporté par les steppes du Nord ne semble donc pas entrainer de changements majeurs dans l'organisation socio-économique des communautés locales.

A l’Age du Fer, le peuplement progresse sur les terrasses les plus hautes et dans les zones montagneuses vers le Badakhshan. Les sites fortifiés sont plus nombreux et apparaissent comme des protections pour les communautés paysannes occupant des zones de peuplement assez denses (pour l’époque). L'architecture militaire et palatiale est directement issue de celle des remparts et des châteaux de l'âge du Bronze, construits dans toute la zone de l'Oxus, ce qui montre encore une fois la continuité entre les deux époques.

Ce qui étonne à l’Age du Fer est que l'ampleur des réseaux d’irrigation ne s'accompagne pas de manifestations grandioses dans le domaine de l'artisanat de luxe ou de l'architecture aulique2, ni dans celui du commerce à longue distance. En effet, on ne note plus l’existence des grands temples et des palais de la période précédente. Ce phénomène est peut être à mettre en relation avec une nouvelle façon de penser due au développement du Mazdéisme ou du Zoroastrisme (voir ci-dessous).

 

Le sud de l’Afghanistan

Dans le sud de l’Afghanistan, les résultats de fouilles sont très rares, le site de Mundigak livre quelques informations. Il semble que l’installation humaine y fut faible et les habitations sont plus rares qu’aux périodes d’occupation précédentes. Cependant il est certains que certains peuples restaient installés dans la région puisque le conquérant Cyrus y trouva de l’aide en traversant la région.



1 Ce qui signifie le Château Blanc, c’est le nom donné à de nombreuses forteresses en Afghanistan

2 C'est-à-dire l’architecture relative à des fonctions royales ou administratives

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 09:59

L’archéologie a montré que ce millénaire fut une époque de grandes migrations, en particulier de peuples parlant des langues indo-aryennes, en Asie centrale et méridionale ce qui a perturbé les civilisations en place sans pour autant noter de véritable destruction. Les sociétés urbaines de l’Iran, de l’Asie centrale et de l’Indus se sont affaiblies à partir du début du IIemillénaire.

 

En Bactriane, la civilisation qui s’était développée disparaît après le premier quart du IIe millénaire. Entre 1700 et 1400 av J.-C, nombre de sites furent abandonnés ou virent leur taille réduire et les communications entre les régions sont très fortement perturbées. On note un changement des pratiques funéraires et l'apparition de la céramique des steppes et l'élevage se développe sur de nouveaux territoires, ce qui montre l’arrivée de nouveaux peuples, sans doute Indo Aryens. Une nouvelle culture apparaît, caractérisée par le site de Tillya Tepe près de Sheberghān. On y trouve un grand temple sur une plateforme en brique, avec de grands halls dont les toits étaient supportés par des colonnes rectangulaires. Encore une fois un autel avec un feu qui brulait. Le village est autour de ce temple. Il semble que les productions artisanales ne soient pas aussi raffinées que précédemment. Dans la seconde phase de l’habitat de Shortughaï (deuxième quart du IIemillénaire), le site évolue vers la culture centrasiatique et les traces d’un commerce à longue distance disparaissent, ce qui correspond à la période d’effondrement de la civilisation harappéenne et à la crise que connut la Mésopotamie à la même époque.

Au Sistan et dans la vallée du Helmand, région que l’on connait mal car elle a peu été fouillée, l’absence générale d’implantation humaine semble avoir perduré jusqu’à l’installation pré-achéménide, au Ier millénaire de sites tels que Kandahar. De nombreux établissement disparaissent cependant, même Mundigak est temporairement abandonnée.

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 09:56

Dans le bassin du Helmand et dans le Sistan il semble que l’habitat sédentaire soit plus ancien et donc plus développé encore. De grandes villes avec une architecture publique monumentale se développent dans la première partie du IIIe millénaire.

Chahr-i Sokhta, côté iranien de la frontière, mais apparenté à la culture de cette région, occupait peut-être une centaine d’hectare dans ce millénaire avant de s’effondrer. Mundigak s’agrandit (environ 15 hectares) avec des bâtiments monumentaux sur tous les points hauts du site. Une partie du site était entourée d’un double mur massif avec des contreforts et des bastions. Celui-ci comprenait un quartier d’habitation dense et au moins un bâtiment monumental. Celui-ci que l’on pense être la résidence du souverain local, avait un mur massif de briques cuites avec des colonnades avec des portes donnant sur les pièces intérieures de la structure. Cette enceinte comprenait peut être aussi un autre monument qui semble avoir été un temple.

Ces constructions monumentales indiquent un haut niveau de développement social et une fonction administrative distincte. Les compétences des artisans se maintiennent à un niveau élevé, depuis les premières installations avant l’âge du Bronze. Ils commencent aussi à fabriquer de petits objets à partir de minerai de fer (parmi les premières pièces de fer connues). La ville continue à être très proche de celles du Baloutchistan et les objets à Chahr-i Sokhta possèdent exactement les mêmes caractéristiques.



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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 09:53

Par les décors des différents objets on peut avoir des renseignements sur de nombreux domaines. Ainsi, il semble que la religion de cette époque oppose une déesse de la fécondité/fertilité, toujours facilement identifiable (dominant fréquemment des animaux mythiques), à la mort. De nombreux êtres mythiques sont représentés avec en particulier un thème très développé du serpent (ailé ou léonin par exemple) et du dragon, ainsi que le thème du rapace. Ils sont souvent représentés sous forme anthropomorphiques lors de combats entre animaux.

Les thèmes de chasse autour du bouquetin en particulier sont également fréquents.

La civilisation de l’Oxus, avec ce double registre semble donc être à la frontière entre le monde agricole du Moyen-Orient (formes des représentations influencées par les objets mésopotamiens et élamites) et le monde nomade des steppes (déesse présidant à la chasse).

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 09:51

 

Dès la fin du IVe et le début du IIIe millénaire, une culture sédentaire basée sur l’agriculture irriguée s’était développée en Bactriane, elle s’étendait tout autour du bassin de l’Amou Daria moyen mais un bon exemple se trouve autour de Taloqan, où l’on a identifié des systèmes d’irrigation étendus. La technique mise en œuvre est complexe, car l’eau est captée à l'aide de dérivations aménagées dans le lit des rivières qui sont parfois encaissées dix mètres plus bas que le niveau des plaines qu'ils doivent irriguer, comme c'est le cas pour la Kokcha. Ces villages utilisent des poteries semblables à celles qu’utilisent ceux du bassin du Helmand à la même époque, ce qui montre l’importance des communications entre les deux régions. Vers la seconde partie du IIIe millénaire, alors que la civilisation de l’Oxus a atteint son niveau de maturité, ces canaux peuvent atteindre une longueur de 20 à 30 km (canal de Shortughaï qui allait puiser dans la Kokcha), ce qui permet de conclure à l’existence de communautés nombreuses et organisées, possédant sans doute une organisation sociale et politique déjà assez développée.Si la gestion savante de l'eau n'implique pas nécessairement l’existence d’un Etat unifié, elle suppose cependant celle d’organes de décisions et des relations entre ce que l’on pourrait appeler des chefferies. A cette époque, une hiérarchie possible des sites apparaît, mais ceux qui sont fortifiés sont munis de remparts que l’on n’a pas datés.

Un site local en particulier attire l’attention, faisant office de « capitale », celui de Shortughaï. Le site occupe une surface d’un peu plus de deux hectares sur une ancienne terrasse alluviale de l’Amou Daria. Il fut occupé dès la seconde moitié du IIIemillénaire et jusqu’au début du IIe. Les archéologues y ont identifié deux phases principales. Dans la première phase, jusqu’au deuxième quart du IIe millénaire, le site est en contact avec la civilisation de l’Indus1 comme l’attestent de nombreux objets retrouvés sur place, bracelets en coquillage provenant de l’Océan Indien, bijoux en cornaline et agate, céramique et briques crues typiquement harappéennes (elles sont très régulières et possèdent exactement les mêmes dimensions dans chacun des établissements de cette civilisation). Un atelier de taille du lapis-lazuli a également été trouvé, ce qui laisse à penser qu’il s’agissait d’un comptoir commercial harappéen lié à l’exploitation de cette pierre précieuse qu’utilisait beaucoup la civilisation de l’Indus, mais aussi les établissements qui y étaient apparentés dans le sud de l’Afghanistan comme à Mundigak.

A la fin du IIIe millénaire, on compte des dizaines d’établissement le long de l’Amou Daria, de Maïmana jusqu’à Balkh mais aussi dans la région plus orientale de Khanabad-Kunduz, Yangi Qala ou Taloqan. Ils font partie d’une civilisation très étendue comprenant des centaines de sites dépassant le cadre géographique de notre étude. Ils se rattachent à ce que l’on nomme la Civilisation de l’Oxus. Chacun comptait quelques dizaines de maisons, bâties avec des briques de boue de taille uniforme et dont les murs et les sols étaient recouverts d’argile. Les pièces des maisons individuelles étaient groupées autour d’une cour intérieure. On retrouvera cette architecture bien plus tard dans la région. Elles abritaient probablement des familles étendues. On a également retrouvé des demeures fortifiées assez différentes des ordinaires, probablement celles de notables, ce qui encore une fois met en avant une différenciation sociale déjà assez développée. La population est groupée en oasis sur des terroirs irrigués où elle pratique la culture des céréales et l'élevage des ovins et des caprins.

Les objets retrouvés de la civilisation de l’Oxus montrent très clairement les influences culturelles venues de la vallée de l’Indus (en particulier certaines armes en bronze) tout comme des influences plus nettes encore venus d’Iran occidental (Suse, les civilisations proto-élamites) comme du Sistan (ville de Chakh-i Sokhta).

Celle-ci était évidente dans les bâtiments monumentaux à caractère public. Les monuments sont très diversifiés, de plan carré, circulaires ou cruciformes. On a retrouvé la trace de très vastes manoirs fortifiés avec des murailles concentriques, renforcées par des tours, protégées parfois par des bastions. Ces bâtiments ne semblent pas avoir une fonction uniquement militaire car l’intérieur comporte des habitations, des bâtiments de stockage de provisions, des ateliers et bien souvent des lieux de culte. On note par exemple sur l’un des sites, l’existence de temple rond accueillant un autel où brulait un feu (on retrouvera dans les premières religions locales connues un culte du feu) et des habitations pour les serviteurs du temple, et d’un édifice rectangulaire avec des autels dans la cour centrale et entouré de fossés remplis d’eau. Ces bâtiments montrent l’existence d’une classe sacerdotale mais aussi suggèrent qu'ils pouvaient abriter des familles puissantes. Celles-ci étaient peur être unies entre elles par des liens claniques et chacun de ces manoirs serait une sorte de citadelle, dotée de son propre chef contrôlant le territoire environnant, dans la limite de l'influence d'autres citadelles comme on l’a vu pendant des siècles encore en Afghanistan. Il semble aussi que les artisans potiers aient constitué un groupe à part. On peut supposer que ceux qui travaillaient les métaux faisaient de même.

Un site de cette civilisation a révélé de grandes richesses archéologiques, il s’agit de Djarkutan, aujourd’hui en Ouzbékistan, à 60 km de l’Afghanistan, mais tous les sites de cette civilisation présentaient une grande uniformité. Les établissements de la civilisation de l’Oxus avaient une taille relativement importante. Leur cœur était souvent formé par une forteresse flanquée de tours de garde à chacun de ses angles. Le reste de la cité s'organisait autour de ce centre. Ils comportaient des quartiers d'habitation, ainsi que des zones où étaient regroupés les artisans. Autour de ces grands centres gravitait un ensemble de petits villages, plutôt tournés vers l'activité agricole, et ne comportant aucun ouvrage défensif.

L’occupation de Djarkutan remonte au IIemillénaire. Sur une centaine d’hectares s’étendent différents bâtiments : « citadelle », palais, temple, quartiers d’habitation et nécropole. Au milieu du site s’élève la « citadelle » sur près de 3 hectares. Elle renferme un palais monumental et des habitations. Le temple a été construit sur la partie la plus élevée du site. On devait y pratiquer un culte de type proto-zoroastrien puisqu’on y retrouve encore une fois un autel avec un feu. Les habitations (d’une à deux pièces) étaient séparées par des ruelles étroites recouvertes de gravier. Au sud et à l’ouest, s’étendait une nécropole, séparée de la ville par un canal d’irrigation. Les fouilles ont livrées des objets en céramique très fine, réalisée au tour, mais sans décoration. L’ensemble de ces découvertes urbanistiques montre une société hiérarchisée et organisée reposant sur une économie essentiellement agricole.



1 Cette civilisation est également appelée harappéenne, du nom d’un de ses principaux sites archéologiques, situé au Pakistan actuel. Elle s’est développée autour de l’Indus mais a touché les régions orientales et méridionales de l’Afghanistan. Elle s’est développée entre le Ve millénaire et le IIe millénaire av J.-C et est donc contemporaine de celles de Mésopotamie et de l’Égypte ancienne. Son extension géographique cependant était plus importante. Elle s’est effondrée vers 1800 av J.-C. sans doute en raison de l’arrivée de peuples barbares guerriers du Nord

 

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  • Amalkhan
  • Professeur d'histoire géographie passioné par l'Afghanistan et amoureux des lettres.
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