L’épopée d’Alexandre le Grand le mena à la conquête de tout l’empire perse et les satrapies qui formaient l’Afghanistan actuel n’échapèrent pas aux combats. Comme nous l’avons déjà signalé les Bactriens, les Ariens, les Archosiens et les Indiens des montagnes avaient combattu lors de l’affrontement d’Arbélès. Ils accompagnèrent ensuite le Grand roi Darius III dans sa retraite vers Ebatane puis vers les satrapies plus orientales lors des défections des généraux qui commandaient ses capitales.
La tentative de restauration séleucide de Bessos
Bessos, satrape de Bactriane, probablement un parent de Darius, prend alors la tête d’un complot contre son roi aux côtés de Barsaentès, satrape d’Arie et de Drangiane. Le roi Darius est assassiné et Bessos, réfugié à Bactres, se fait reconnaître roi sous le nom d’Ataxerxès. Il contrôle alors un immense territoire comprenant la Grande Bactriane, de part et d’autre de l’Oxus, et tous les territoires au sud de l’Hindou Kouch.
Satibarzanès, satrape d’Arie, avait fait sa soumission à Alexandre et accepté des troupes macédoniennes dirigées par Anaxippos sur son territoire, avait été confirmé dans sa satrapie. Mais il apporte finalement son soutien à Bessos et commence à rassembler ses troupes dans sa capitale d’Artacoana en vue d’une contre-attaque.
Alexandre réagit promptement à la nouvelle et fit avancer son armée à marche forcée pour empêcher la jonction des deux armées ennemies. Satibarzanès s’enfuit. Il fonde alors Alexandrie d’Arie (Hérat) pour contrôler la capitale Artakoana, méthode qu’il utilisa systématiquement dans la région, fondant des colonies militaires à proximité des villes locales ou tout simplement refondant celles-ci. L’installation d’une colonie militaire à proximité de la grande ville locale permettait de la contrôler facilement tout en étant relativement à l’abri des risques de révoltes urbaine et surtout de fraternisation avec la majorité1. Puis Alexandre marche sur l’Arachosie dont le satrape Barsaentès connaît le même sort, livré par les Indiens des montagnes où il avait cherché refuge. Il fonde une Alexandrie Prophtasia au passage, peut être l’actuelle Farah. Il soumet par la même occasion plusieurs peuples locaux, dont les Ariaspes qu’il honore en souvenir des services rendus à Cyrus. Il fonde deux nouvelles Alexandrie, celle d’Arachosie (aussi appelée Alexandropolis), pour contrôler la ville d’Arachotoi et celle de Drangiane à proximité de Zarangai (probablement l’actuelle Zarandj). Cependant les troubles persistent sur les arrières d’Alexandre car le nouveau satrape d’Arie qu’il a nommé, Arsaménès, qui contrôle aussi la Drangiane, semble peu fiable, et à peut être pris des contacts avec Bessos, toujours à Bactres. Il sera plus tard remplacé par Stasanor dans ces deux provinces. Selon certaines versions Satibarzanès y faisait réner l’insécurité à l’aide de cavaliers fournis par Bessos.
Alexandre envoie alors quelques troupes pour renforcer ses positions en Arie mais continue avec le gros de ses forces vers la Bactriane en passant par le sud de l’Hindou Kouch. Aux pieds des montagnes où il passe l’hiver, Alexandre fonde une nouvelle Alexandrie, Alexandrie du Caucase, l’actuelle Begram, en refondant la capitale locale qui s’appelait peut être déjà Kapisi, où il aurait installé des colons, ce que les fouilles semblent pouvoir confirmer) et y laisse un satrape perse, Proexès, sous la surveillance de soldats grecs. Selon Diodore, il créa aussi plusieurs villes à une journée de marche de la nouvelle ville, qui toutes reçurent 3000 gracs et 7000 barbares comme peuplement. Cette installation d’un réseau urbain, unique dans les textes, semble avoir connu d’autres exemples en Bactriane si l’on en croit les prospections archéologiques.
Puis il traverse difficilement les montagnes, en passant semble-t-il par la passe de Khawak, après avoir remonté la vallée du Panjshir et arrive devant Drapsaka (peut-être la Kunduz actuelle) dont il s’empare sans combats. Il s’empara alors des deux grandes villes de Bactriane méridionale Aornos (dont la localisation est encore inconnue mais que certains voient à Kunduz) et Bactres qui porte parfois le nom de la forteresse toute proche Zariaspa, alors que Bessos avait pris la fuite et s’était réfugié au Nord de l’Oxus, pratiquant par ailleurs la politique de la terre brulée. Un texte achéménide semble pourtant indiquer que Bessos, se porta avec des hommes jusqu’à la hauteur de Khulm, ville qui existait déjà sous ce nom mais que certains identifient à Aornos. Ce document cite également une localité que l’on pourrait appeler Asparasta. En effet l’historien Arrien nous dit que Bessos « ravage tout le pays au-dessous du Caucase pour arrêter, par le défaut de subsistance, le vainqueur dont il apprend la marche ». Cependant cette manœuvre a les mêmes conséquences pour lui que pour Darius III, il est abandonné par ses troupes bactriennes. La région du sud de l’Oxus, dirigée par des hyparques, certainement les descendants de colons perses mais surtout de nombreux représentants de l’aristocratie locale, se rend très vite à Alexandre qui y laisse des troupes et un nouveau satrape, le perse Artabase. Alexandre y découvre les descendants des Branchides qui avaient été installés là et il les aurait tous fait tuer en souvenir de l’acte de leurs ancètres.
Cependant la guerre n’est pas finie car les cavaliers sogdiens dirigés par Spitaménès et Oxyarte restent aux côtés de Bessos et celui-ci espère un renfort de cavaliers saces, alors qu’Alexandre est bloqué au sud de l’Oxus car il ne possède aucun moyen de traverser ce fleuve et que ses arrières sont mal assurés comme le montre le fait qu’il change de nouveau le satrape d’Arie, Arsaménès, trop peu fiable étant remplacé par Stasanor, et ses troupes fatiguées et lassées par la traversée de l’Hindou Kouch et des années de guerre.
Alexandre renvoie donc une partie de ses troupes puis se lance à la poursuite de Bessos en traversant le fleuve après avoir fait fabriquer des bouées avec les tentes de ses soldats. Bessos est à son tour trahi par Spitaménès qui le livre à son ennemi. Il est envoyé à Bactres puis à Ecbatane où il est mis à mort.
Spitaménès, le dernier résistant perse
La campagne en Sogdiane est extrêmement difficile pour les Grecs et les Bactriens semblent ne pas être très fidèles à Alexandre. En effet, Spitaménès, malgré sa trahison envers Bessos, continue à opposer une farouche résistance aux troupes grecques et il appelle sans cesse les Bactriens à rejoindre la révolte. Les hyparques, chefs locaux batriens qui devaient fournir des cavaliers à son armée refusent de se rendre à une de ses convocations en raison d’une rumeur qui dit qu’il veut les mettre à mort. Cet épisode montre bien la méfiance qu’ils pouvaient avoir envers le nouveau conquérant mais aussi la qualité de la propagande mise en place par Spitaménès, car Alexandre avait multiplié les exemples de faveurs accordées aux Perses sans pour autant obtenir un soutien franc. Plusieurs Bactriens choisirent de rejoindre Spitaménès qui ne s’avouait pas vaincu et attaquait régulièrement les macédoniens et la ville de Maracanda, se réfugiant dans les steppes quand une armée trop puissance allait lui faire face mais poussant un jour jusqu’aux portes de Bactres car la situation lui était favorable. A cette occasion, Alexandre nomma Amyntas satrape de Bactriane pour remplacer Artabase devenu trop vieux. Finalement, après une énime bataille, les bactriens et sogdiens qui combattaient pour Spitaménès font leur soumission à Alexandre et les alliés massagètes du rebelle le trahissent et envoient sa tête à Alexandre en signe de paix.
Alexandre dut ensuite réduire deux places fortes importantes, dont la roche Choriène, que l’on pourrait situer dans le Badakhshan. Alexandre fit de grands travaux pour attaquer cette place mais, voyant ceux-ci, les assiégés préférèrent se rendre, et gagner l’amitié du conquérant. Ils fournirent même du ravitaillement aux troupes grecques. Puis Alexandre ramena son armée à Bactres et au milieu du printemps prend la route de l’Inde en laissant quelques milliers de soldats sous les ordres de plusieurs généraux expérimentés derrière lui pour contrôler la Bactriane encore agitée. Il semble qu’il soit passé par la vallée de Bamyan avant d’arriver à Alexandrie du Caucase, en une dizaine de jours. Là, il décide une nouvelle vague de colonisation de la ville, y nomme Nikanor comme chef du gouvernement et Tyriaspe comme satrape des Paropamisades, mécontent du travail de leurs prédécesseurs. Tyriaspe ne restera pas longtemps à son poste puisqu’il sera vite remplacé par Oxyarte, ancien soutien de Bessos mais surtout père de Roxanne, la jeune femme perse qu’Alexandre avait épousé après l’avoir remarquée parmi ses captives.
La fin de la campagne d’Alexandre
Selon certains, les achéménides avaient perdu le contrôle efectif des territoires indiens, du Gandhara, voire même de l’Arachosie, au plus tard depuis Artaxerxès II.
Il avance alors vers le fleuve Indus, fondant au passage une ville appelée Nicée, en prévision de ses victoires futures en Inde. Cette ville se trouve dans la vallée du Laghman. De là, il avance vers l’Est, laissant le gros de ses troupes sur la rive droite de la rivière Kaboul, passant par la passe de Khyber. Il doit réduire les résistances des peuples de cette région2 dans de très durs combats, ces peuples possèdant de véritables forteresses naturelles où ils se réfugiaient à son approche.
Comme chacun le sait, il parvint à l’Indus mais ses troupes refusèrent d’aller beaucoup plus loin. Lors de son retour, il semble qu’il ait au passage nommé un satrape des Indiens montagnards, un certain Samaxus ou Sambos. Ces peuples que l’on nommait Malles et Oxydraques contrôlaient la passe de bolan et il semble qu’ils payaient tribut et envoyaient des troupes au satrape d’Arachosie. Cependant selon Arrien, ils n’étaient soumis à aucun satrape et ne payaient pas le tribut mais il affirme cela de tous les peuples montagnards contrôlant un passage stratégique.
Alexandre, lors de son retour, unifie l’Arachosie, dirigée jusque là par Menon, à la Gédrosie sous l’autorité de Syburtios. Alors qu’il était en Carmanie, dans le Sud-Est de l’Iran actuel, les mercenaires installés dans la vallée du Kophen (la rivière Kaboul), qui avaient été confiée à Philippe qui avait succédé à Nicanor, assassinent leur chef et se révoltent. Ils sont violemment écrasés.
Durant son règne Alexandre inaugure un monnayage bimétalique avec des pièces en or et d’autres en argent, il sera en cela imité par les séleucides puis par les gréco-bactriens dont nous reparlerons plus tard.
L’empire perse était conquis et Alexandre l’avait récupéré à son profit. Mais son épopée marquait en réalité la fin de cet immense empire qui ne survivra pas à la mort de son dernier conquérant.
En s’aventurant aussi loin à l’Est, Alexandre avait ouvert aux grecs de nouveaux horizons, il a également fait entrer l’Afghanistan dans une nouvelle époque, puisque à partir de ce moment là les traces archéologiques et littéraires sont plus nombreuses. L’épopée d’Alexandre a durablement marqué l’histoire de l’Afghanistan car elle ouvrit une nouvelle époque, celle de l’Afghanistan héllenistique, et cette empreinte grecque marqua à son tour toute l’histoire de l’Asie, en particulier des arts.
1 Les arabes utilisèrent la même technique avec un succès plus grand encore puisque c’est la population locale, qui se rapproche peu à peu de leurs fondations où il était intéressant de commercer et qui se convertirent à l’Islam et adoptèrent la langue arabe.
2 Ces campagnes laissèrent un souvenir imérissable auprès de ces peuples et Rudyard Kipling s’en servit pour situer l’histoire de sa nouvelle « L’homme qui voulu être roi » où un aventurier anglais prend le contrôle de ces peuples qui se souviennent encore du passage du grand conquérant et de son amour pour Roxane. Cette œuvre fut admirablement transposée sur les écrans avec dans le rôle le plus important Sean Connery.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires




Derniers Commentaires