Mardi 29 mai 2012
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C’est le peuple le plus ancien qui se soit maintenu en grand nombre dans le pays. Il existe d’autres groupes sans
doute plus anciens sur ces territoires, mais d’importance bien moindre, que nous évoquerons plus tard.
On trouve les Tadjiks dans presque toutes les régions d’Afghanistan du fait qu’ils sont les sédentaires les plus
anciens de pays dont ils ont certainement constitué la majorité de la population à une époque. Ils ont été repoussés vers le Nord, vers les montagnes de l’Hindou Kouch, par les Pachtouns et de la
vallée de l’Amou Daria, vers le Sud par les Ouzbeks. Cependant de nombreuses communautés continuent à habiter ces régions. On les trouve aussi en grand nombre dans la vallée de l’Hari Rod, autour
d’Hérat où ils forment la majorité de la population.
Le terme tadjik désigne à l’origine les populations persanophones locales islamisées à partir du VIIIe
siècle, ainsi les princes mongols de l’Iran parlaient de leur sujet en utilisant le mot « tadjik ». Il désigne aujourd’hui une grande partie des persanophones du pays, qui parlent une
langue appelée Dari, très proche du perse iranien. Ils sont très majoritairement de rite sunnite. Durant des siècles les tadjiks n’ont pas eu conscience d’être un peuple particulier, malgré les
pressions des autres peuples. Sans être tribaux, ils étaient divisés en vallées dans l’Hindou Kouch, en villages dans les plaines et à l’ouest. Ailleurs que dans l’Hindou Kouch ils se
déclaraient d’ailleurs Farsiwan, locuteur de la langue farsi (le dari) plutôt que Tadjiks. Il semble que les guerres qui se sont suivies depuis
l’invasion soviétique, aux forts relents ethniques parfois, ont accéléré un processus identitaire en formation chez les tadjiks depuis le début du XXe siècle. Ainsi, la vallée du
Panjshir, fief du commandant Massoud, fer de lance de la résistance aux soviétiques et aux talibans, est entièrement peuplée de Tadjiks et le parti politique auquel il appartenait était
essentiellement de cette ethnie.
Les tadjiks sont essentiellement agriculteurs et éleveurs, dans les montagnes comme dans les plaines, mais ils sont
aussi nombreux dans les villes où ils ont développé un artisanat réputé, actif et diversifié.
La langue dari est la langue véhiculaire du pays, partagée par de nombreux autres peuples d’Afghanistan, dont les
Hazaras. Dans de nombreuses villes, le dari est la langue usuelle, même pour les Pachtouns qui ont un sentiment de supériorité mais qui bien souvent à Kaboul, avant l’invasion soviétique,
parlaient fréquemment mieux le Dari que le Pachtoun (ce fut le cas du roi pachtoun Timur au XIXe siècle).
C’est aussi la langue de la culture dans ce pays, même si les autres peuples ont des littératures développées. Les
Tadjiks sont des poètes depuis des siècles même s’il est souvent difficile de faire la différence entre les auteurs nés en Afghanistan et ceux nés en Iran, vu l’imbrication des histoires des deux
pays à l’époque de la rédaction de la plupart des œuvres majeures persanes. De plus certains auteurs étant certainement nés en dehors du territoire afghan y ont vécu de façon attestée. Cependant
certains poètes comme Ansari (né à Balkh au Xe siècle) ou Djami (né à Hérat en 1414) sont de purs produits du sol afghan. Le grand poète Ferdowsi est né dans la partie iranienne du
Khorasan mais a dédicacé son ouvrage majeur « Le livre des rois » au seigneur de Ghazni dont il était le protégé. Beaucoup des poèmes tadjiks étaient aussi chantés en musique par un
grand nombre de musiciens itinérants. La tradition poétique ne s’est jamais perdue dans ce peuple, même pendant les heures les plus sombres de l’occupation soviétique. Encore aujourd’hui, la
poésie est un art vivace en Afghanistan, en particulier dans cette langue.
Une légende illustre la fierté s’attachant à la vallée
d’origine chez les Pandjshiris. Selon eux le nom de leur vallée est formé des mots Panj, cinq et Shir, lion, et viendrait d’une réquisition de la main d’œuvre de la part du roi qui avait
demandé à chaque vallée 100 ouvriers. Les panjshiris, trop occupés par les travaux saisonniers, n’auraient envoyé que cinq hommes, provoquant la fureur du roi, qui se calma voyant que chacun
d’eux abattait le travail de cent hommes, d’où le nom de lions qu’on leur aurait donné. Ibn Battuta pour sa part donnait comme éthymologie pour ce nom celui de Panj Hir, les cinq
monts.
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